11e journée : dernière visite au village

Aujourd’hui, dernière journée au village. C’est toujours un moment un peu fort en émotions, car cela signifie que la fin de la mission est proche. C’est aussi souvent dans ce cadre que nous apportons tout les derniers achats menés au cours de la mission, ce qui est l’occasion de longs applaudissements et chaleureux remerciements.

Et effectivement, nous sommes partis au village bien chargés : Fournitures scolaires, ballons et Djembé pour l’école ; Petit mil (20 kg) et table de séchage pour les grains pour les femmes de l’atelier bamisa, la machine à coudre réparée, un tabouret pour la couturière, et enfin les deux barriques pour le système de refroidissement du moteur du moulin à mil.

Nous emmenons avec nous également le maçon voûte nubienne, venu spécialement de Boromo (180 km) pour rencontrer les villageois et parler avec eux du projet de construction.

A notre arrivée cependant, petite déception : il n’y a quasiment personne pour nous accueillir !

Mais nous apprenons en fait que tout le monde est parti à Dapélogo, car le dispensaire a organisé une distribution de moustiquaire. Nous allons devoir une nouvelle fois … attendre, que nos principaux interlocuteurs arrivent, nous saluent, puis fassent passer une calebasse de « dolo », la boisson préférée du chef…

En attendant que tout le monde arrive, ce qui pourrait mettre du temps, nous suggérons aux quelques rares villageois présents, qu’il serait possible d’aller visiter le village avec le maçon pour lui montrer l’emplacement prévu pour le gros projet Bamisa, et surtout lui faire visiter l’actuel bâtiment du moulin à mil, et discuter avec les villageois sur la meilleure façon de procéder pour ne pas interrompre l’activité du moulin le temps des travaux : faut-il détruire l’actuel bâtiment ? construire le nouveau bâtiment à côté ?

Apparemment c’est plutôt la seconde solution qui serait retenue. L’actuel bâtiment sera alors reconverti sans doute en espace de stockage pour les céréales en attente de mouture apportées par les femmes venant de villages lointains pour profiter du moulin.

Revenus sur nos pas, nous avons là encore profité du fait que l’on attendait toujours l’arrivée d’un plus grand nombre de personnes pour donner les sachets « Bamisa » aux femmes en charge de la fabrication de la farine.

Ce don de 200 sachets, portant la mention « Bamisa » et la recette de préparation de la bouillie, devrait leur permettre de mieux valoriser leur production et donc de faire augmenter leurs ventes. Elles pourront par ailleurs y stocker 500g de farine, contre 120g en moyenne dans les sacs qu’elles utilisent actuellement, mais aussi le malt nécessaire pour la liquéfaction de la bouillie, alors qu’actuellement elles doivent distribuer le malt à chaque client, en faisant un deuxième contenant à chaque nouvelle vente, ce qui n’est pas pratique il faut l’avouer.

Il faut cependant bien expliquer aux femmes comment souder le sac avec un fer chaud (elles n’ont pas de soude sac électrique, puisqu’il n’y a pas … d’électricité !) sans que le sac fonde et s’accroche sur le fer.

En fait, l’astuce consiste à interposer un morceau de papier entre le sac et le fer, cela limite les risques. De toute façon, elles peuvent faire quelques tests, elles ont un stock suffisant pour cela.

Il est cependant prévu, dans le projet Bamisa, d’inclure la mise en place d’un soude-sac électrique alimenté par des panneaux photovoltaïques. Nous allons d’ailleurs revoir l’entrepreneur que nous avons déjà rencontré au début du séjour mardi après-midi, nous pourrons rediscuter du dispositif photovoltaïque et de l’ensemble de l’électrification du bâtiment Bamisa, et si possible obtenir un devis pour ce matériel, son installation ainsi que, peut-être, une formation pour l’entretien.

Mais ceci est une autre histoire ; revenons à nos moutons.

Après avoir assez attendu à notre goût, nous avons proposé que le maçon se présente, et réexplique bien en détail le projet, et surtout la technique architecturale pour laquelle il a reçu une formation.

C’est alors que le maçon, jusque là très réservé, en retrait, s’est transformé en brillant orateur, détaillant avec forces détails chaque étape de la construction, les avantages et inconvénients de la voûte nubienne, en appuyant son discours sur de nombreuses planches photographiques de différents chantiers.

Nous pensons qu’il a su convaincre les derniers sceptiques, et il a habilement su « mettre l’eau à la bouche » aux villageois en leur montrant la gamme de finitions possibles pour les bâtiments (crépissage au goudron, crépissage intérieur puis peinture à la chaux, …). Quant à ceux qui doutaient de la solidité  du toit, le maçon a rappelé que les murs font 60 cm d’épaisseur (contre 20cm dans les construction « classiques »), et la photo d’une trentaine de personnes debout sur le toit d’un bâtiment en voûte nubienne a achevé de les convaincre.

En quelques minutes, tous voulaient s’investir réellement dans le projet, y compris les femmes, qui se sont déclarées prêtes à fabriquer elles aussi des briques.

Nous avons cependant dû temporiser quelque peu en précisant que nous allions désormais discuter des devis avec le maçon à notre retour sur Ouagadougou, et que bien évidemment seuls les conseils d’administration des deux associations pourraient prendre la décision de financer (ou non) ces bâtiments, et à quelle échéance.

Ayant clôt le débat, nous profitons de l’intermède pour présenter l’ensemble de ce que nous avons apporté aux villageois avec le pick-up : les barriques pour le moulin à mil (pour le système de refroidissement du moteur), la table de séchage, le petit mil.

Quand vient le tour de la présentation des fournitures, nous demandons à faire des photos avec l’ensemble des enfants présents pour pouvoir l’envoyer à tous les sympathiques contributeurs qui nous ont permis de financer ces fournitures, mais aussi un nouveau djembè et des ballons de football et handball.

En quelques minutes, les enfants sont donc rassemblés par les adultes, qui ouvrent les cartons, et leurs distribuent des lots de cahiers, stylos et autres ardoises pour les présenter lors des photographies. Nous nous joignons donc à ce joyeux groupe, et les photos se succèdent, les parents d’élèves souhaitant également se faire photographier en notre compagnie.

Puis tout est de nouveau rangé dans les cartons, et remis sur le plateau du pickup ; en repartant, nous les déposerons à l’école, qui est sur notre route.

Nous évoquons ensuite divers sujets, déjà exposés dans les précédents billets du blog : la rencontre avec le maire de dapélogo, la rencontre avec l’agronome, et les futurs projets de formation, …

S’ensuit une première série de longs remerciements, les premiers étant exprimés par le chef de Goden, très heureux de tout ce que l’on fait pour les deux villages, mais également par les femmes, qui semblaient particulièrement détendues et actives aujourd’hui, contrairement aux précédentes visites, pendant lesquelles elles étaient restées en retrait.

Là, elles sont même allées jusqu’à interrompre les discussions pour se lancer dans un long intermède de danses, plus endiablées et rythmées les unes que les autres. Pour les remercier et les féliciter, Nous insistons sur le fait que tout ce qui est mis en place est possible actuellement uniquement grâce à leur travail, que c’est la vente du beurre de karité produit au village qui permet cela. Et nous invitons même les hommes à applaudir les femmes !!!

Nous proposons ensuite de « trinquer » avec les villageois, une tradition introduite par Eric il y a quelques années, et apparemment devenue incontournable. Nous avions donc acheté une grande bouteille de coca, et 3 grandes bouteilles de fanta, avec des gobelets, et Thomas et moi-même distribuons des fonds de verre aux personnes présentes, en commençant par le chef de Goden évidemment.

Puis les remerciements continuent, et les « remerciements pour les remerciements », les politesses protocolaires, … jusqu’à ce que nous soyons conviés au repas, l’habituel poulet au riz, à ceci près que le mode de cuisson et la sauce (sauce tomate aux aubergines locales) étaient différents des fois précédentes.

Une fois le repas fini,  nous espérions pouvoir partir assez vite pour prendre du temps, une fois revenus sur Ouagadougou, à discuter avec le maçon.

Mais c’était sans compter sur les villageois, qui ont de nouveau recommencé à nous remercier, Daniel (le président du comité de gestion, notre interlocuteur principal) allant jusqu’à lancer un « hip hip hip hourra » à la mode burkinabè.

Les femmes viennent ensuite nous apporter le beurre de karité (17,5 kg) et l’huile de karité (3 litres). Nous les remercions de nouveau.

Nous parvenons cependant, et non sans regrets, à saluer tout le monde, avant de quitter le village.

 De retour chez Alain, notre hôte, nous prenons quelques minutes pour discuter avec le maçon autour d’une bouteille d’eau fraîche. Le maçon semble plutôt optimiste pour la concrétisation du bâtiment.

Il nous présente ensuite ses devis, pour le gros œuvre uniquement (fondations, murs et voûte). Il n’a pas eu le temps d’ajouter les finitions (crépissage au goudron, et chape en béton pour le bâtiment Bamisa).

Quant aux portes, à nous de les faire construire et financer.

En nous penchant sur le premier devis, qui porte sur le plus petit bâtiment, qui doit accueillir le moulin à mil communautaire,  nous n’en croyons pas nos yeux : Le devis estime le coût des travaux à … environ 350€ !!! En fait, nous ne payons que la main d’œuvre, puisque tous les matériaux (terre pour les briques, eau, cailloux sauvages, …), sont sur place. Et c’est la même chose pour les autres devis.

Ainsi, le devis du bâtiment Bamisa (deux voûtes de 100 m² chacune) estime le coût des travaux à environ 1700€. Bien sûr, le devis ne tient pas compte des finitions et des portes et fenêtres, mais nous sommes vraiment loin des 20000€ estimés dans un pré-projet.

Nous avons ensuite discuté des dimensions des portes et fenêtres, pour que le forgeron puisse, à terme, nous donner un tarif pour ces portes et fenêtres, avant d’aborder la question des dates les plus propices pour lancer le chantier du premier bâtiment.

Apparemment, le mieux serait donc de donner aux villageois environ trois mois, en fin d’année (novembre, décembre et janvier) pour préparer les briques de base pour les murs (il en faut 2000), et réunir les blocs de pierre pour les fondations. Puis, lorsque le nombre de briques requises est atteint, il suffit de prévenir le maçon qui viendra alors, avec son équipe (deux autres personnes) pour lancer la construction, avec l’aide de quatre manœuvres embauchés au village.

En théorie, le gros œuvre devrait être achevé en 15 jours, et les finitions (crépissage et installation des portes) prendraient quelques jours supplémentaires.

Côté financement, le maçon propose un paiement en trois fois :

Un premier versement au début du chantier, un deuxième en milieu de chantier, et le troisième à la clôture du chantier.

Notre discussion s’est ensuite arrêtée là, car il était temps pour le maçon de nous quitter pour aller prendre son car pour retourner à Boromo.

Nous lui versons 10000FCFA pour payer ses frais de trajet (7000CFA l’aller retour) et pour le temps passé au village et à travailler sur les devis.

Il faudra donc faire le point sérieusement sur un plan financier, mais dans tous les cas les devis du maçon sont une très bonne surprise ! nous allons donc pouvoir mettre plus de moyens dans les finitions destinées à assurer une plus grande pérennité au bâtiment (crépissage au goudron), et mieux équiper le bâtiment bamisa (paillasses carrelées, sol en béton, …). Nous pourrons même peut-être envisager de financer un château d’eau, ou encore une pompe solaire pour le forage … qui sait ?

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